Cinéma, Censure et Mémoire Coloniale en RDC (1917-1960) : L’apport de l’histoire orale dans les cellules ASJ de Debonhomme et Badara
Introduction
En République Démocratique du Congo, durant la période coloniale (1917-1960), le cinéma n’a jamais constitué un simple divertissement. Il était un puissant outil d’encadrement moral, politique et racial, soumis à une censure stricte exercée conjointement par l’administration coloniale et l’Église catholique. Si les arrêtés officiels de censure sont conservés dans les archives, la mémoire vécue des spectateurs congolais reste un angle mort de l’historiographie. L’objectif de cette recherche doctorale menée par Engelart Willems (UGent / ULB) est de croiser les archives écrites avec la mémoire orale des derniers témoins, en s’appuyant sur l’expertise de l’ONG ASJ.
Résultats
En juin 2026, deux terrains d’enquête ont été menés dans les cellules de Debonhomme et de Badara à Kinshasa, en présence de M. Neré (INACO), sous la modération de Darwin Mumete. Trois témoignages structurants ont été recueillis:
- 1. Le cinéma-catéchisme au village: Pour les seniors Venda et Euphrasie, originaires respectivement des missions catholiques de Mwilambongo (Idiofa) et de Kisanji, le premier contact avec l’écran se résume à une seule œuvre: le film sur la vie de Jésus. En milieu rural, l’écran est un instrument d’évangélisation. C’est la première forme de censure: la censure par l’offre.
- 2. La censure géographique et raciale à Léopoldville: Le récit de Jean Towela, originaire de Djolu (Équateur) et arrivé à Kinshasa en 1969 à la Gombe (alors Kalina), révèle une ville coupée en deux écrans. Pour voir un film, il fallait quitter la cité des Blancs pour les communes de Bandalungwa ou Kintambo. Certains films étaient strictement réservés aux Blancs, avec une régulation horaire stricte (13h-17h pour les enfants).
- 3. Le contournement par le mythe: Malgré ce dispositif, le western spaghetti Django a déferlé sur la jeunesse kinoise, devenant une icône de rébellion et de style qui échappait au contrôle colonial.
Conclusion
Cette enquête démontre que la censure cinématographique coloniale en RDC a opéré sur trois niveaux complémentaires: évangéliser au village, ségréguer en ville et moraliser partout. Les témoignages recueillis en juin 2026 dans les cellules ASJ de Debonhomme et Badara prouvent que l’histoire du cinéma colonial ne peut s’écrire sans la mémoire orale. Les seniors de l’ASJ ne sont pas de simples informateurs, ils sont les détenteurs d’une archive vivante indispensable à la recherche menée par l’UGent et l’ULB sur la mémoire coloniale.
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