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De Fontainebleau à Goma: Joseph Kabila déjoue Waterloo

De Fontainebleau à Goma : Kabila rejoue Waterloo | Tribune par Darwin Mumete
De Fontainebleau à Goma Kabila rejoue Waterloo
Tribune • Politique Comparée

De Fontainebleau à Goma :
Kabila rejoue Waterloo

Par Darwin Mumete • Chronique Effritée • 15 octobre 2026 • 7 min de lecture

Il y a des hommes qui quittent l’Histoire par la grande porte, et qui reviennent par la fenêtre de la cuisine. C’est toute la tragédie de Joseph Kabila.

Le lundi 12 octobre 2026 dans la soirée à Goma, il n’a pas seulement pris la tête d’une rébellion. Il a abîmé sa propre légende. Et il a offert à la République Démocratique du Congo une scène que la science politique n’avait vue qu’une seule fois, il y a deux siècles : le retour de l’île d’Elbe.

Car il faut bien comprendre ce que nous vivons. Ce n’est pas une rébellion de plus à l’Est. Le Congo en a connu cent. C’est un ancien Président de la République, sénateur à vie, protégé par la Constitution, qui a organisé lui-même la première passation pacifique de notre histoire le 24 janvier 2019, et qui, sept ans plus tard, reprend les armes contre son propre successeur.

I. Fontainebleau

Relisons Chateaubriand. L’abdication de Napoléon à Fontainebleau, le 6 avril 1814. On lui offre l’île d’Elbe, un titre de Roi, deux millions de francs de rente. Exactement comme la Constitution a offert à Kabila : sénateur à vie, immunité, Kingakati.

Le 1er mars 1815, Napoléon débarque à Golfe-Juan : « La France a été trahie ». Le 9 octobre 2026, Kabila : « Le Congo est en péril ». Même phrase. Max Weber appelait ça la légitimité charismatique du sauveur.

« Il y a des hommes qui se relèvent en s’abaissant » — Victor Hugo

II. L’alliance contre-nature

Pour reprendre Paris, Napoléon s’allie avec ses ennemis. Kabila fait pire. Il s’assoit à côté de Corneille Nangaa, l’homme qui a proclamé Tshisekedi élu le 30 décembre 2018, et à côté du M23 qu’il a lui-même défait en 2013. Giovanni Sartori appelle ça l’alliance négative.

III. La politique du ventre

Jean-François Bayart l’explique : le pouvoir est une mangeoire. Kabila, ce n’est pas un homme, c’est 18 ans de rente. Quand Tshisekedi a coupé la mangeoire entre 2022 et 2024, Kingakati sans la mangeoire n’est qu’une ferme.

IV. Waterloo

Napoléon a duré cent jours. Du 1er mars au 18 juin 1815. Il a perdu parce que toute l’Europe s’est coalisée. Le 13 octobre 2026, le Conseil de Sécurité a condamné le FRN. Tshisekedi garde trois choses : la capitale, la légitimité internationale, et l’armée ne s’est pas ralliée en masse. Quand ces trois conditions sont réunies, l’ancien incumbent perd toujours.

Napoléon a fini à Sainte-Hélène à écrire ses Mémoires. L’Histoire attend de savoir ce que Kabila écrira à Goma.

FAQ – Comprendre la tribune

C’est un concept de politique comparée : un ancien chef d’État parti avec les honneurs (amnistie, sénateur à vie) qui revient avec les armes contre son successeur légitime en disant que l’État est en péril. C’est rare dans l’histoire mondiale.
Oui. Passation pacifique : 24 janvier 2019 (source : Constitution RDC). Discours « Congo en péril » : 9 octobre 2026. Création du FRN à Goma : lundi 12 octobre 2026 dans la soirée, dans sa résidence de Goma, ville contrôlée par l’AFC/M23 depuis janvier 2025. Sources : RFI, Anadolu, Le Monde.
Abdication à Fontainebleau : 6 avril 1814 (Traité du 11 avril). Débarquement à Golfe-Juan : 1er mars 1815. Défaite à Waterloo : 18 juin 1815. 100 jours exactement.
Parce que les cas africains (Charles Taylor au Liberia, Bokassa en RCA) sont des retours par coup d’État ou par procuration. Le seul cas pur d’un ancien chef d’État qui revient lui-même avec les armes contre le successeur qu’il a installé, c’est Napoléon. Le FRN est une innovation : c’est un SAIR Hybride (ancien + rébellion préexistante).
Non. C’est une analyse de structure, pas de personne. Elle explique un mécanisme de pouvoir. Elle s’appuie sur Bayart (politique du ventre), Weber (légitimité), Sartori (alliance négative). Elle ne défend aucun camp, elle décrit la fin d’un cycle.
© 2026 Chronique Effritée par Darwin Mumete • Tous droits réservés

Auteur/autrice

  • Journaliste, reporter et rédacteur au sein de la rédaction de Chronique Effritée.

    Chercheur indépendant en journalisme approfondi et fact-checker, il est Licencié en Sciences de l'Information et de la Communication, option Journalisme Politique Extérieure, de l'Université Pédagogique Nationale (UPN) de Kinshasa.

    Spécialisé dans l'analyse politique et la vérification des faits, il couvre l'actualité nationale et internationale avec une approche axée sur le terrain, la rigueur et la profondeur.

    Rédacteur en chef et éditeur, il veille au respect de la ligne éditoriale et à la qualité des contenus publiés par le média.

    Domaines d'expertise:journalisme politique, politique extérieure, fact-checking et journalisme

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