De Fontainebleau à Goma :
Kabila rejoue Waterloo
Il y a des hommes qui quittent l’Histoire par la grande porte, et qui reviennent par la fenêtre de la cuisine. C’est toute la tragédie de Joseph Kabila.
Le lundi 12 octobre 2026 dans la soirée à Goma, il n’a pas seulement pris la tête d’une rébellion. Il a abîmé sa propre légende. Et il a offert à la République Démocratique du Congo une scène que la science politique n’avait vue qu’une seule fois, il y a deux siècles : le retour de l’île d’Elbe.
Car il faut bien comprendre ce que nous vivons. Ce n’est pas une rébellion de plus à l’Est. Le Congo en a connu cent. C’est un ancien Président de la République, sénateur à vie, protégé par la Constitution, qui a organisé lui-même la première passation pacifique de notre histoire le 24 janvier 2019, et qui, sept ans plus tard, reprend les armes contre son propre successeur.
I. Fontainebleau
Relisons Chateaubriand. L’abdication de Napoléon à Fontainebleau, le 6 avril 1814. On lui offre l’île d’Elbe, un titre de Roi, deux millions de francs de rente. Exactement comme la Constitution a offert à Kabila : sénateur à vie, immunité, Kingakati.
Le 1er mars 1815, Napoléon débarque à Golfe-Juan : « La France a été trahie ». Le 9 octobre 2026, Kabila : « Le Congo est en péril ». Même phrase. Max Weber appelait ça la légitimité charismatique du sauveur.
II. L’alliance contre-nature
Pour reprendre Paris, Napoléon s’allie avec ses ennemis. Kabila fait pire. Il s’assoit à côté de Corneille Nangaa, l’homme qui a proclamé Tshisekedi élu le 30 décembre 2018, et à côté du M23 qu’il a lui-même défait en 2013. Giovanni Sartori appelle ça l’alliance négative.
III. La politique du ventre
Jean-François Bayart l’explique : le pouvoir est une mangeoire. Kabila, ce n’est pas un homme, c’est 18 ans de rente. Quand Tshisekedi a coupé la mangeoire entre 2022 et 2024, Kingakati sans la mangeoire n’est qu’une ferme.
IV. Waterloo
Napoléon a duré cent jours. Du 1er mars au 18 juin 1815. Il a perdu parce que toute l’Europe s’est coalisée. Le 13 octobre 2026, le Conseil de Sécurité a condamné le FRN. Tshisekedi garde trois choses : la capitale, la légitimité internationale, et l’armée ne s’est pas ralliée en masse. Quand ces trois conditions sont réunies, l’ancien incumbent perd toujours.
Napoléon a fini à Sainte-Hélène à écrire ses Mémoires. L’Histoire attend de savoir ce que Kabila écrira à Goma.



