TIAKOLA – « CAMÉLÉON » :
L’ANATOMIE D’UN RETOUR AUX SOURCES
Il fallait s’appeler William Mundala pour oser ce titre. WpointM. W comme William, M comme Mundala. Son prénom, son nom. C’est le titre de son second album solo, quatre ans après « Mélo » certifié diamant, qui sortira le 25 septembre sous M3lo World / Warner et Atlantic. 17 titres, 6 featurings mystères, avec déjà « Mélo Décalé » certifié Or et « Savage ». Un album qu’il fera écouter en avant-première le 24 septembre à 20h dans six parkings de France: Paris, Lille, Rennes, Lyon, Marseille et Toulouse.
Mais tout se joue dans « Caméléon ». Produit par Gaetan Judd, P2J et Cole.
« Oh, Tiako, Oh, Congo, eh ». Puis cette phrase en lingala qui claque comme un serment: « Bogele, ngi mboka na yo ». C’est une anaphore identitaire. Il ne chante pas pour le Congo, il chante depuis le Congo.
Tiakola use ensuite d’une antithèse qui résume toute sa génération diasporique: « Voyeur, j’aime bien mais j’me sens mieux chez moi » et plus loin « J’aime bien mais j’me sens mieux quand j’suis chez moi, ololo ». C’est le va-et-vient perpétuel entre les néons de Paris et la poussière de Kin. Le caméléon n’est pas celui qui se cache, c’est celui qui s’adapte sans se renier.
Le refrain est une métaphore filée: « Caméléon, camélé-caméléon / Partir d’en bas, finir en haut, peut-être sous les néons ». L’animal qui change de couleur devient l’image même de l’ascension sociale. Changer de peau pour survivre, sans jamais perdre son sang.
Puis vient le couplet le plus brut, le plus vrai :
Ici, Tiakola fait de la métonymie sociale. « La nzala » la galère, « le blégué » la débrouille, « les ndekos » les frères. Il pose le vocabulaire du quartier congolais au cœur d’une prod mi-son, mi-rumba, mi-rap à la mélodie saccadée, hachée, syncopée. C’est cette rythmique qui fait toute la beauté: elle boite volontairement, comme un pas de danse sebene.
Et il y a ce chœur. Ces voix qui répondent en chœur derrière lui. Ce n’est pas un artifice de studio. C’est la référence directe à la rumba congolaise et à ses chorales, et au film culte « La Vie est Belle » de Papa Wemba que Tiakola cite comme totem. Dans ce film, la musique était le seul passeport. Dans « Caméléon », elle est le seul héritage qui ne se dilue pas.
Avec ce morceau, Tiakola ne porte pas seulement la nouvelle génération. Il la réconcilie.



