Suzanne Tahirih Akumu : Le courage d’être de valeur
Fondatrice de Kiongozi wa Thamani, elle forme les femmes qui ne veulent pas d’un quota, mais d’une compétence.
Il y a des femmes qui s’excusent d’être ambitieuses. Suzanne Tahirih Akumu, elle, en a fait son armure. Résiliente, ambitieuse et pragmatique.
Son rêve d’enfant ? Il n’était pas de se marier, ni de plaire. « Mon rêve d’enfant a toujours été celui de prouver qu’une femme peut faire ce que font les hommes et mieux encore. »
Le déclic : De secrétaire à Cheffe de Promotion
Tout bascule à l’entrée de l’université. Elle veut rejoindre le comité des dirigeants de l’auditoire. Malheureusement pour elle, il n’est composé que d’hommes. Elle se bat, fait ses preuves, intègre la gestion de la promotion. Et là, on lui assène la vérité : une femme ne peut être que secrétaire ou caissière.
Elle ne pleure pas. Elle prend le pouvoir. De la première à la dernière année, elle devient CP – Cheffe de Promotion. Incontestée. C’est ce jour-là qu’est née la leader.
« Au tout début, mon père est celui qui a le plus cru en moi. Il voyait en moi ce que moi-même je ne voyais pas. Avant de créer la structure, c’est mon fiancé qui a cru en moi, jusqu’à jouer le rôle de mon assistant. »
Kiongozi wa Thamani : Plus qu’un nom, un manifeste
Kiongozi wa Thamani signifie « Leadership féminin de valeur » en swahili. « La femme réclame sa place sur la table de décision mais elle ne doit pas y accéder juste pour compléter un quota. La femme qui veut diriger doit avoir les valeurs, les compétences et les aptitudes d’une dirigeante », martèle-t-elle.
Pourquoi en dialecte ? Pour valoriser la culture congolaise en particulier et africaine en général.
Le déclic ? Une vidéo où une petite fille maîtrisait parfaitement un débat sur la parité. « J’ai compris que la femme avait d’abord besoin de se former avant d’ambitionner. » Et le constat bouleversant de la dépravation des mœurs chez les jeunes filles.
Au-delà de l’argent
Pour Suzanne, l’autonomisation ne se résume pas à un billet. « C’est son indépendance financière et émotionnelle. Une femme autonomisée se suffit à elle-même et peut dénoncer une agression sans dépendance, s’auto prendre en charge. »
« Il ne suffit pas de rêver, il faut trouver la voie qui propulse vers les étoiles »
— SUZANNE TAHIRIH AKUMULe poids des préjugés
La plus grande difficulté d’être femme leader en RDC ? Un seul mot : les préjugés. « Les stéréotypes liés au genre n’épargnent pas les femmes leaders. Quand une femme est ambitieuse, elle doit travailler deux fois plus que l’homme pour prouver sa valeur et n’a droit à aucune erreur. Alors que les femmes et les hommes ont les mêmes capacités. »
A-t-elle voulu abandonner ? « Oui, plus d’une fois. » Qu’est-ce qui l’a fait tenir ? « C’est la vision. Même face à l’échec, j’encaisse et je persévère. » Aujourd’hui, Kiongozi s’autofinance par cotisations et sacrifices personnels. Sa famille est fière.
Une femme de valeur, c’est quoi ?
« C’est cette femme qui sait où elle va, ce qu’elle veut, qui se donne les moyens, qui se forge du caractère, qui s’impose des principes et une discipline visant un objectif précis. »
Peut-on être leader sans copier les codes des hommes ? « Bien sûr, sinon le mot leadership féminin n’aurait pas son sens. »
Son inspiration : sa mère pour son leadership éducatif, et Tahereh, l’Iranienne pionnière de l’émancipation dont elle porte le prénom.
Dans 5 ans : Un mouvement national
« Je vois KIONGOZI devenir un mouvement national, un état d’esprit pour toutes les femmes congolaises. Couvrir toutes les provinces, former et transformer des milliers de femmes. »
Son conseil à une jeune fille de 18 ans : « Le chemin vers un leadership épanoui passe par la formation continue, la découverte de son talent, l’audace de prendre des risques et une résilience à toute épreuve. »
Et la question qu’on ne lui pose jamais et qu’elle aimerait qu’on lui pose :
« Que pouvons-nous faire pour vous aider à accomplir la mission de votre structure ? »
La question est posée.



