
Alors que la justice congolaise s’est saisie avec une célérité remarquable du dossier concernant l’artiste Rebo Tchulo, une question essentielle brûle les lèvres des citoyens : pourquoi tant d’empressement pour certains dossiers médiatiques, alors que d’immenses affaires de corruption, de détournements de fonds et de criminalité économique croupissent dans les tiroirs des parquets ? Si l’acte imputé à l’artiste reste condammable en vertu de la loi, la sélectivité de la rigueur judiciaire renforce le sentiment d’une justice à deux vitesses, prompte à frapper le citoyen ou la célébrité sans couverture politique, mais singulièrement hésitante face aux « gros poissons ».
L’appareil judiciaire est le socle sur lequel repose la confiance entre un peuple et ses institutions. Pourtant, le traitement de l’affaire Rebo Tchulo offre un contraste saisissant avec la lenteur institutionnelle observée dans des dossiers à fort impact national. D’un côté, la machine judiciaire déploie une efficacité redoutable : autosaisine rapide, convocations sous pli urgent et fermeté affichée. Nul ne remet en question la nécessité de faire respecter l’ordre public et la légalité, car nul n’est censé être au-dessus des lois. Cependant, c’est l’asymétrie de cet empressement qui interroge et indigne.
Pendant que la justice fait preuve d’un zèle exemplaire sur la scène médiatique, des rapports accablants de l’Inspection Générale des Finances (IGF) et de la Cour des Comptes, documentant des millions de dollars évaporés des caisses de l’État, restent souvent sans suite ou s’enlisent dans des procédures interminables. Les scandales financiers à col blanc, les contrats léonins et les détournements de deniers publics, qui privent pourtant la population de services de base essentiels, ne semblent bénéficier ni de la même hargne, ni de la même couverture médiatique de la part des autorités judiciaires.
Ce sentiment du « deux poids, deux mesures » fragilise dangereusement l’État de droit. Une justice qui donne l’impression d’être forte avec les faibles et faible avec les forts perd sa crédibilité et sa vocation première d’impartialité. Pour restaurer la confiance citoyenne, l’institution judiciaire se doit de faire preuve de la même rigueur et de la même célérité envers tous les citoyens, sans distinction de statut social ou d’influence politique. Le véritable test d’une justice forte ne réside pas dans sa capacité à sanctionner les dérapages des figures du spectacle, mais dans sa détermination à éradiquer l’impunité au plus haut sommet de l’État.
Darwin Mumete
